Nouvelles voies pour la jeune génération

CEAV : le centre Valdivieso au Nicaragua : renforcer les compétences des jeunes impliqués dans des organisations sociales au moyen de méthodes psychosociales.

 

« Autrefois je parlais à peine et maintenant on a du mal à m’arrêter », raconte Kenneth. Il travaille comme travailleur social dans les quartiers pauvres de Managua pour une petite organisation qui aide les habitants des quartiers à s’organiser eux-mêmes. Il est l’un de ces 100 jeunes ayant participé au programme du partenaire de medico, le centre Valdivieso. Ce programme l’a marqué, tant au plan personnel que politique. « Notre société est dominée par la crainte. Quand des gens voient que quelqu’un s’engage, ils ont peur et préfèrent ne rien avoir à faire avec cette personne. Les expériences faites avec le groupe m’ont fait perdre ces craintes, et c’est ce que je veux transmettre à d’autres ».

En dépit de la forte proportion de jeunes dans sa population (près d’un quart de la population a entre 18 et 30 ans), le Nicaragua continue de souffrir des plaies laissées par la guerre civile et de la « révolution perdue », la révolution sandiniste. La jeune génération est elle aussi marquée par l’expérience des parents. La violence au sein des familles et la violence sexuelle à l’encontre des femmes ont pris d’énormes proportions au Nicaragua. Les structures autoritaires, la peur et les tabous restent aujourd’hui encore des traits dominants de la société. À cela s’ajoute l’insécurité sociale provoquée par les réformes néolibérales des années 1990 avec leurs effets destructeurs et discriminants. Même après la réélection des sandinistes, la pauvreté et le chômage ont poussé des centaines de milliers de personnes à émigrer. Les jeunes ont perdu l’espoir d’un autre Nicaragua et n’ont pas le courage de développer de nouvelles perspectives. C’est là qu’intervient le centre œcuménique Antonio Valdivieso avec un programme qui vise à renforcer la position des jeunes dans la société civile.

Le centre Valdivieso est la fabrique à penser du mouvement théologique de libération qui a vu le jour vers le milieu des années 1980. Des psychologues tels que Martha Cabrera élaborent de nouvelles approches devant permettre d’affronter un passé douloureux. Leur concept, qui s’appuie sur les expériences de la société nicaraguayenne, a connu un retentissement bien au-delà des frontières du pays jusqu’en Amérique latine, en Europe et en Afrique du Sud. Avec le soutien financier de medico, ce sont au total 100 jeunes militants et collaborateurs d’organisations de la société civile qui participent à ce programme ciblant les jeunes. Ce programme doit renforcer leur assurance et leur faire prendre conscience qu’ils sont des acteurs politiques et qu’ils doivent agir comme tels. Il leur offre avant tout un espace où ils apprennent à traiter et guérir les plaies laissées par leur passé personnel, familial ou social. Le travail psychosocial du centre Valdivieso s’appuie sur la conviction que le changement social commence par un changement sur soi. C’est ainsi que les participants au programme commencent par s’exercer à communiquer en termes pacifiques, à s’initier au processus d’organisation démocratique et au travail psychosocial. Ensemble, ils élaborent ensuite des stratégies visant à ancrer ces principes dans leurs propres organisations. À un stade ultérieur, ils s’échangent avec d’autres organisations de jeunes, afin d’élaborer des projets communs qui leur permettront de transformer leur société.

Les réformes sandinistes ont montré qu’il ne suffit pas de modifier le système pour changer la société. Le centre Valdivieso prend le chemin inverse : pour un autre Nicaragua, les conditions et les acteurs sociaux doivent également changer. Et cela commence par les jeunes.

En 2012, le soutien apporté au centre Valdivieso par medico s’est élevé à 25 000 euros.


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